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Joutes du nouveau monde

Panique au musée

~2 h 8 min de lecture

"Allez, dépêches-toi!" cria frénétiquement Tommy, la voix éraillée. Dans ses bras, la petite Anna tremblait, le visage enfoui dans ses bras.

Andrea tenta une nouvelle combinaison. Sa tentative fut une fois de plus suivie d'un double bip – un échec. Pourtant, elle avait connu le code. Mais la détresse court-cuircuitait complètement ses pensées.

"Il arrive, putain! Fais quelque chose!"

Cette journée avait pourtant commencée simplement...


Quelques heures plus tôt...

Andrea était quelque peu anxieuse. Le musée d'histoire ancienne recevait aujourd'hui une classe d'écoliers, et elle avait été désignée pour les accueillir et leur faire une visite guidée. Elle adorait les enfants, et avait donc accepté avec enthousiasme – mais elle avait commencé récemment, et manquait de confiance en elle. Par ailleurs, elle n'était pas sûr du niveau de détail qu'elle devrait utiliser pour parler à des enfants.

Le téléphone sonna, elle décrocha.

"Allô?

- Bonjour Andrea, Christelle de la réception. La classe est arrivée!

- Ah, merci! J'arrive dans un instant."

Elle traversa les longs couloirs pendant quelques minutes, saluant quelques collègues au passage. Bien qu'arrivée récemment, elle était très appréciée dans le musée. D'une part, pour la motivation et l'enthousiasme qu'elle montrait, qui lui avaient permis de rapidement assimiler le fonctionnement de l'établissement et son contenu. D'autre part, pour la personne qu'elle était. Plutôt jolie, la jeune femme avait surtout un charisme très élevé, et le contraste entre ses yeux bleus et ses cheveux noirs captivaient souvent le regard des gens auxquels elle s'adressait.

Elle arriva à la réception.

"Mon dieu", pensa-t-elle en voyant les dix-huit enfants à l'air plutôt agité. Son regard dériva vers le professeur, et il y resta figé quelques instants. L'homme était assez jeune, probablement la trentaine, et son look lui évoquait plus un hippie qu'un enseignant. Son jean déchiré, ses longs cheveux et sa barbe mal rasée... Etait-il VRAIMENT un professeur? Peut-être était-ce un remplaçant? Dans tous les cas, elle n'approuvait pas ce genre de tenue pour un professeur, quand bien même l'homme possédait un certain style.

Après une brève introduction, ils commencèrent la visite.

"Trente-neuf personnes travaillent ici, expliquait Andrea. L'essentiel de notre musée concerne l'égypte ancienne, mais une petite partie est dédiée à l'avancée des progrès de la médecine. Le laboratoire que vous pouvez voir en face, par cette fenêtre, est notre principal sponsor, et c'est à leur demande que nous avons ouvert cette galerie."

"Quel genre de recherche font-ils ? demanda Tommy, le professeur."

"Je ne sais pas vraiment, je dois dire. Je sais juste qu'il s'agit de recherches à but médical."

Avant qu'ils purent aller plus loin, ils entendirent un cri venir de plus loin. Les élèves se turent d'un coup, et un silence s'ensuivit. Peu après, ils purent entendre des bruits de pas précipités. Lorsqu'un collègue passa, elle l'interpella pour lui demander s'il savait ce qu'il se passait.

"Probablement une farce, même si elle est de mauvais goût, répondit-il. Un des sarcophages est ouvert, et la momie a disparu."

La nervosité monta d'un cran dans le groupe, et Andrea échangea un regard rapide avec le professeur, Tommy. Elle décida de reprendre la visite, sur un ton enjoué un peu forcé. Quelle que soit l'explication, il y avait un intrus dans l'établissement, et elle n'aimait pas ça.

Ils traversèrent une salle où quelques vestiges d'outils égyptiens étaient disposés dans des vitrines, avec des explications sur leur utilisation et sur le mode de vie de l'époque. Elle expliquait aux enfants l'importance du Nil dans la vie des égyptiens, lorsque l'alarme se mit à sonner. Plusieurs enfants se mirent à crier.

"Calmez-vous! Ce n'est rien! dit-elle en affichant une assurance qu'elle n'avait pas."

"Est-ce que vous pouvez aller voir de quoi il s'agit?" demanda Tommy. Ca sera plus facile de les calmer si on peut leur donner une explication.

"Ok. J'y vais."

Andrea se précipita en direction du bureau du chef, espérant pouvoir avoir plus d'information. Elle regretta d'avoir des chaussures à talon – la marche rapide n'était clairement pas adaptée pour elle.

Elle entendit quelqu'un hurler un message d'avertissement, et eut à peine le temps de sentir un violent choc sur le crâne avant de s'effondrer, inconsciente.


Elle reprit conscience doucement, se demandant ce qu'elle faisait à terre. Elle s'assit, et elle sentit une forte douleur à la tête, se rappelant tout à coup le choc qu'elle avait reçu. Elle se passa la main sur le visage, et sentit quelque chose de chaud. Elle hurla en regardant ses mains, couvertes de sang, et se retourna d'un coup. Le corps d'un de ses collègues était étendu au sol, lacéré de multiples entailles. Elle eut un mouvement de recul, et trébucha. La panique la gagna, et elle jeta ses chaussures au loin, et se mit à courir tout droit.

Elle entendit de nombreux cris, dont ceux de beaucoup d'enfants. Elle s'élança dans cette direction, et retrouva rapidement la classe. L'essentiel des enfants étaient partis, mais le professeur semblait vouloir rester.

"Partez vite! lui cria-t-elle.

- Il me manque une élève! Elle est partie aux toilettes, et n'est pas encore revenue. Bordel, mais qu'est-ce qu'il se passe de toute façon?

- J'en sais rien, mais il faut partir! Maintenant!

- Pas sans mon élève!

- Mais un homme est mort! On ne peut pas rester ici! Ne vaut-il mieux pas s'assurer de sauver les autres..."

Sa voix se brisa, en repensant aux images qu'elle venait de voir, et elle fut prise de surprise lorsqu'elle reçut une violente gifle.

"Chaque élève est important. Un membre du musée est censé emmener les autres à l'abri – je retourne chercher l'élève manquante.

- Bonne chance, alors, dit-elle, lui tournant le dos et partant."


Tommy avançait d'un pas prudent. Il entendit des bruits de souffle rauque, qui ne lui augurèrent rien de bon.

"Mais qu'est-ce qu'il se passe ici, putain?" songea-t-il. Il longea le mur, en essayant de faire le moins de bruit possible, et sursauta en voyant une longue trace de griffes sur le sol. Des traces de sang se trouvaient également un peu partout, et la panique commença à le gagner. Il hésita à faire demi-tour, mais il ne pouvait laisser Anna ici. Quoi qu'il se passe, elle n'en sortirait sûrement pas vivante – si elle l'était toujours actuellement.

Un nouveau cri. Un cri de jeune fille. Anna?

Il se rua en direction du cri, et ramassa au passage les restes d'une bèche égyptienne. Ca serait toujours mieux que rien. Il entendit distinctement deux sortes de bruits, tout aussi inquiétant les uns que les autres. L'un de ces bruits évoquait quelque chose que l'on traînait sur le sol. L'autre bruit, évoquait quelque chose de pointu, probablement des griffes, lacérant le mur.

Il sursauta et s'apprêta à donner un coup de bèche, mais se détendit lorsqu'il vit Andrea, le regard dur et l'expression tendue.

"Je ne sais pas pourquoi je suis revenue. Peut-être que votre courage m'a inspiré, lâcha-t-elle. Le cri vient d'à côté de la salle des trésors. Dépêchons-nous!"

Ils se ruèrent dans cette direction. La petite Anna était réfugiée en boule dans un coin.

"Anna! s'écria Tommy, en courant la prendre dans ses bras."

La petite fille se laissa faire, pleurant à chaudes larmes, inerte, dans ses bras.

"Tout va bien se passer, chuchotta-t-il".

Une voix rauque et sourde, parlant une langue inconnue, s'éleva. Ils ne parvinrent pas à voir de quoi il s'agissait, mais ils étaient certains d'une chose: ils feraient mieux de partir. Immédiatement!

"Par là!" s'écria Andrea.

Les bruits se rapprochaient, et ils partirent en courant dans la direction annoncée par la jeune femme. Ils arrivèrent sur une porte, qu'elle essaya d'ouvrir. Bloquée. L'alarme avait verrouillée cette porte, et il fallait maintenant taper le code d'urgence pour l'ouvrir.

"Le code, hurla-t-elle. 762....48... Ah, je sais plus!!"

"Essayez tout ce qui vous passe par la tête! supplia Tommy. Vite!"

Elle essaya un nouveau code. Echec.

Tommy regarda au loin dans le couloir. Une grande silhouette apparut.

"Il arrive, putain! Fais quelque chose!"

Andrea ferma les yeux. Si son cerveau n'arrivait pas à l'aider, peut-être que son corps réussirait mieux. Elle laissa sa main aller d'elle-même sur le digicode, essayant de se servir de la mémoire du corps.

"7624892". Un son bipa, et une lumière verte s'alluma.

"YES! Hurla Tommy. Dépêchez-vous, il arrive!"

Ils s'élancèrent à travers la porte, la refermèrent et se préparèrent à fuir pour de bon. Derrière eux, plusieurs chocs sourds résonnèrent, et la porte sortit de ses gonds. La terreur s'empara d'eux, et ils ne purent que voir une ombre fondre sur eux. Trop tard. Tommy serra la jeune fille dans ses bras, lu murmurrant que tout irait bien. Sa main trouva naturellement celle d'Andrea, et la serra très fort. Ils croisèrent un regard rouge et furieux. Et ce fut finit.


Un article parut le lendemain dans les faits-divers. Apparemment, un psycopathe aurait sévi dans le musée. L'homme en blouse blanche déposa le journal sur son bureau, et sourit.